Article paru sur tsa-quotidien.fr le 16 avril 2014, réalisé par Noël Bouttier

"Les éducateurs sont en train de reprendre la parole"

Les discussions autour de la réforme des diplômes suscitent interrogations et malaise parmi les professionnels. Pour faire entendre cette voix, notamment auprès de l'Unaforis, le collectif Avenir Educs s'est constitué autour d'éducateurs, de formateurs, de chercheurs. Les explications de Gabrielle Garrigue, porte-parole du collectif.
tsa : Le collectif Avenir Educs est né le 2 avril. Qu'est ce qui a motivé le lancement de cette démarche ?

Gabrielle Garrigue
 : Depuis quelques années, les professionnels de terrain et les formateurs se sentent mis complètement à l'écart des réflexions autour de la réforme des diplômes de travail social. Il nous semblait logique que ce soit l'occasion d'échanges avec le terrain et de vrais débats d'idées. Nous avons également demandé à échanger avec l'Unaforis. En vain ! Même pour glaner des informations sur les projets, il fallait batailler…

Que reprochez-vous à l'Unaforis ?

Nous critiquons l'opacité de son fonctionnement. Il n'est pas normal que les professionnels de terrain ne soient pas associés à des réflexions sur l'avenir des formations. Nous lui demandons simplement de respecter un processus démocratique et d'ouvrir grandes ses portes aux professionnels et aux formateurs.

En créant votre collectif, vous souhaitez occuper un espace vide…

Nous souhaitons rassembler pour faire parler des métiers de l'éducatif. Pour nous, aucune réflexion sérieuse ne peut se construire si elle n'est pas issue de la confrontation des points de vue de quatre types d'intervenants : des professionnels de terrain (éducateurs spécialisés, mais aussi des aides moniteurs, des moniteurs d'atelier, etc.) ; des formateurs ; des chercheurs en travail social et des étudiants. C'est cette alchimie que nous avons souhaité susciter au sein de notre collectif.

Et dans quel esprit a eu lieu la réunion de lancement ?

Nous avons rassemblé le 26 mars plus de 80 personnes, venues de la région parisienne, mais aussi de Bretagne et du sud de la France. Parmi elles, des chercheurs comme Michel Chauvière, Paul Fustier, Joseph Rouzel ou Philippe Gaberan. J'ai été frappée par la forte capacité collective à échanger et par l'absence de fossé entre générations, contrairement à ce qui se dit ici ou là. Les premières discussions ont porté sur les questions : comment nous mobiliser ? comment parler du métier d'éducateur ; qu'est ce qui nous semble essentiel dans la formation ? 

Justement, vous venez de lancer une pétition (1) pour vous opposer à la nouvelle réforme des diplômes

Nous regrettons l'absence d'objectif clair assigné à cette réforme. Que veut-on faire exactement ? Mystère. Ce que nous savons ne nous rassure pas vraiment. On y parle d'aller vers un travailleur social unique, ce qui serait une négation de la logique des métiers que nous défendons. Il est également prévu d'avoir des spécialisations en fin de cursus avec des options par type de population.

Ne s'agit-il pas d'évoluer vers plus de transversalité ?

Nous partageons cet objectif, mais pas les moyens qui sont choisis pour l'atteindre. Il faut, selon nous, mieux articuler les différents métiers. Mais il ne peut s'agir de dévaloriser les fonctions de travailleurs sociaux en en faisant de simples techniciens du social. Nous sommes opposés à cette logique de nivellement par le bas. Nous proposons, au contraire, de consolider des identités professionnelles fortes fondées sur des échanges entre pairs pour transmettre des valeurs et des savoir-faire. Cela suppose également de prévoir des stages de longue durée en contact direct auprès du public accompagné, ce qui ne semble plus prioritaire dans la réforme envisagée.

Comment le collectif se positionne-t-il par rapport aux Etats généraux du travail social ?

Nous n'avons pas encore déterminé de position commune car nous allons attendre d'y voir plus clair sur un processus encore un peu flou. Nous constatons, cependant, le même défaut que pour la réforme des diplômes : l'opacité, une démarche qui va du haut vers le bas et le manque d'ouverture au débat.

Comment voyez-vous l'évolution de votre collectif ?

La grande énergie qui s'est exprimée le 26 mars a eu un effet d'entraînement. Le groupe de la région parisienne se réunit une à deux fois par semaine. Et des collectifs sont en train de s'organiser dans diverses régions françaises. Les éducateurs sont en train de reprendre la parole et ils vont se faire entendre sur tous les débats qui concernent l'avenir du travail social.

(1) En association avec l'Association pour la formation au métier d'éducateur de jeune enfant (Aformeje)