Article des ASH

 


paru dans Actualités Sociales Hebdomadaires: N° 2855 du 11/04/2014

Actualités Sociales Hebdomadaires - 2014

Propos recueillis par

Maryannick Le Bris
 
« Le projet de refonte des diplômes éloigne de la clinique du quotidien »
En réaction au projet de refonte des diplômes du travail social (1), le collectif Avenir éducs veut défendre l’identité des métiers de l’éducatif. Entretien avec Gabrielle Garrigue, porte-parole et formatrice, éducatrice spécialisée de formation.
Comment le collectif est-il né ?
Depuis un moment le constat émergeait, parmi les professionnels et les formateurs, que le projet de refonte des diplômes se faisait sans information ni consultation du terrain, malgré les demandes formulées en ce sens à l’Unaforis
[Union nationale des associations de formation et de recherche en intervention sociale]
(2). Un document de travail de la commission professionnelle consultative du travail social et de l’intervention sociale datant de septembre 2013 et la diffusion par le ministère des rapports sur la réingénierie des diplômes nous ont convaincus qu’il fallait faire quelque chose pour prendre la parole dans ce débat déjà bien avancé. L’idée était de susciter une réflexion collective sur l’avenir des métiers de l’éducatif et les raisons qui sous-tendent la volonté de refonte. Le 26 mars, à l’Institut de géographie à Paris, plus de 80 personnes se sont rassemblées – formateurs et professionnels venus d’Ile-de-France, de Bretagne ou du sud de la France, mais aussi des étudiants. Des spécialistes du champ de l’éducatif et du social – Michel Chauvière, Paul Fustier, Joseph Rouzel et Philippe Gaberan – nous ont apporté leur soutien, ainsi que l’Organisation nationale des éducateurs spécialisés. Le collectif Avenir éducs (3) a été créé le 2 avril.
Quelles craintes suscite le projet d’une nouvelle architecture des diplômes ?
Le scénario du socle commun pour les formations débouchant sur un diplôme de niveau III, avec des spécialisations en fin de parcours et des options par population ou par outil de pratique, va dans le sens d’une déqualification. Alors que l’objectif affiché est l’intérêt des usagers, avec une reconnaissance des diplômes au niveau II, ce qui pourrait apparaître comme une revalorisation, il éloigne les professionnels de la clinique du quotidien, au profit de l’émergence d’un profil de coordinateur, reconnu pour ses capacités d’ingénierie, ou de technicien. Il dilue l’identité des métiers, fondés sur des références, des valeurs, des savoir-faire, une histoire, qui s’acquièrent par transmission.
S’il est nécessaire d’avoir des espaces de transversalité, il faut conserver les identités professionnelles qui se construisent sur plusieurs années, auprès de pairs, avec une réflexion sur la pratique et des stages inscrits dans la durée. Par ailleurs, le rapprochement avec l’université ne doit pas servir de prétexte à des économies d’échelle, au détriment des petits groupes ou des outils pour étayer la pratique éducative, comme la médiation.
Quelle est l’ambition du collectif ?
Tout d’abord, il fonde son fonctionnement sur l’idée que la réflexion doit associer, dans une dimension plurielle, les professionnels de différents statuts et de différentes générations, les formateurs, les chercheurs et les étudiants. Il a vocation à rassembler toute personne physique ou morale en lien avec les métiers d’éducateur spécialisé, de moniteur-éducateur, de moniteur d’atelier et d’éducateur technique spécialisé. Comme nous l’avons déjà fait avec l’Aformeje
[Assocation pour la formation au métier d’éducateur de jeunes enfants],
nous allons tisser des liens avec des représentants des autres métiers du travail social pour étudier les articulations entre les savoir-faire. L’idée est d’appeler les professionnels, les associations et les syndicats concernés par la refonte des diplômes à demander l’ouverture d’une concertation.
Quelles seront vos prochaines actions ?
Nous allons prochainement lancer une pétition avec l’Aformeje – avec la volonté d’associer les autres métiers concernés –, en direction du ministère des Affaires sociales, de la commission professionnelle consultative et des instances dirigeantes de l’Unaforis. Nous allons créer des groupes d’échange sur les pratiques. Un blog et une page Facebook vont bientôt être ouverts. Nous n’avons pas encore décidé de l’opportunité d’une mobilisation dans le cadre des « états généraux du travail social », qui doivent aborder la question de la nouvelle architecture des diplômes, mais qui s’organisent eux aussi de façon très descendante.
Notes

(2) A l’Unaforis, Diane Bossière, directrice générale, précise que l’organisation ne s’est pas donné pour mission
« d’animer directement la réflexion des professionnels »,
ce qui incombe à la gouvernance des établissements de formation, mais qu’elle comprend dans ses instances des représentants territoriaux et fait émerger des propositions au sein de ses commissions de travail.
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