POURQUOI LES FORMATEURS DU CERPE S’OPPOSENT A LA REFONTE DES METIERS DU SOCIAL ET SOUTIENNENT LE COLLECTIF AVENIREDUCS

 

 

PARCE QU’IL EST INDISPENSABLE DE PRESERVER UNE LOGIQUE DE METIER

Pour les métiers de niveau III, la perspective d’un travailleur social unique (dénommé plus ou moins clairement « coordinateur de projet »), viendrait démanteler les métiers actuels, d’assistant social, d’éducateur spécialisé et d’éducateur de jeunes enfants. Métiers dont la qualité principale est la forte qualification. L’existence d’affinités et de points communs entre ces différents métiers est parfaitement évidente, mais cela ne légitime en rien leur dissolution. Tous les trois sont les plus anciens dans le paysage du travail social, et ils ont su faire la preuve de leurs indispensables compétences et de leurs capacités à toujours s’adapter aux évolutions de la société.

 

 

 PARCE QUE DANS LE CHAMP DE LA PETITE ENFANCE, LE METIER D’EDUCATEUR DE JEUNES ENFANTS EST DEVENU INCONTOURNABLE

Le métier d’EJE a connu de nombreuses évolutions depuis sa création il ya quarante et un ans. S’il appartient aujourd’hui clairement aux métiers du travail social, la formation et le profil de poste d’un éducateur de jeunes enfants, lui permet de se positionner aujourd’hui comme un spécialiste de la petite enfance. Il intervient dans des cadres institutionnels très diversifiés. Sa capacité à déployer  et conjuguer ses compétences métier, aussi bien auprès des enfants et des  parents, que des équipes et des institutions, en font aujourd’hui un acteur indispensable dans les cadres institutionnels où évoluent des jeunes enfants. Que ces cadres soient spécialisés ou non.

Cette polyvalence dans le champ de l’accompagnement éducatif des jeunes enfants et de leur entourage  ne peut s’acquérir en une année de spécialisation. Il serait illusoire et inconséquent de le laisser croire aux futurs étudiants. Cela serait  d’autre part irrespectueux à l’égard des professionnels  éducateurs de jeunes enfants en activité et des équipes et partenaires auprès de qui ils interviennent. Irrespectueux enfin à l’égard des jeunes enfants et de leurs parents eux-mêmes. Le flou entretenu dans ce projet de refonte autour de l’organisation et de la durée des stages, nous semble à ce propos, symptomatique d’une incapacité à prendre en compte la richesse et la complexité du champ professionnel et plus particulièrement celles du métier d’EJE.

 

 

 

PARCE QU’IL FAUT AFFIRMER LA PRIMAUTE DE L’ACCOMPAGNEMENT DES JEUNES ENFANTS ET DU SOUTIEN DE LEURS PARENTS DANS LE TRAVAIL DES EJE

Une refonte de la formation des métiers du travail social viendrait détruire, pour les éducateurs de jeunes enfants comme pour les éducateurs spécialisés et les assistants sociaux, les savoirs mais également  et surtout tous les savoir-faire et savoir-être développés et centrés sur une approche respectueuse au quotidien, des enfants et des adultes. Une approche soutenante qui les aide à se construire en tant que sujets. La perte des spécificités de nos métiers dans un tronc commun de deux ans sur trois en formation, au lieu de permettre une plus grande cohérence des pratiques dans le secteur du travail social en général et celui de la petite enfance en particulier, ce sont les logiques gestionnaires et magenariales qui prévaudraient alors dans le travail des EJE et viendraient considérablement freiner toute possibilité de créativité et d’innovation en matière d’intervention socio-éducative.

Or la  possibilité de faire des propositions éducatives et pédagogiques toujours plus adaptées aux besoins des jeunes enfants et des parents doit rester au centre de l’exercice du métier d’éducateur de jeunes enfants.  C’est  bien cette valeur ajoutée, pas toujours mesurable et quantifiable, qui doit rester véritablement au cœur des différents domaines de compétences qui composent ce métier. Afin de lui donner et  de lui préserver, pleinement, sa dimension éducative et sociale.

Depuis sa création en 1975, le CERPE a toujours défendu et mis en œuvre dans ses formations, un fondement essentiel de la pédagogie active qui consiste à accompagner l’enfant et plus largement toute personne, en donnant priorité à la qualité de l’environnement relationnel et organisationnel qui lui est proposé plutôt qu’en intervenant trop directement sur sa personne, afin de favoriser pleinement sa croissance et son émancipation.

Notre longue expérience nous prouve que les compétences aujourd’hui reconnues des EJE en matière d’accueil et d’accompagnement de l’enfant, de soutien à la parentalité, de prévention prévenante, de mise en place de projets au sein des structures, auprès des équipes, avec des intervenants et des partenaires, demandent  à ces professionnels un travail complexe et subtil. L’appropriation des fondements de ce métier ne doit donc pas dépendre d’un choix optionnel de type universitaire. Il engage au contraire les étudiants et ceux qui exercent, les éducateurs de jeunes enfants, dans des dynamiques d’identités de métier, dans un processus de professionnalisation qu’ils sont amenés à poursuivre et affiner dans l’exercice quotidien de leur travail.

 

Pour toutes ces raisons, nous demandons à ce que les EJE, les étudiants et les formateurs soient véritablement associés aux réflexions et décisions qui engagent l’avenir du métier d’éducateur de jeunes enfants.

 

 Texte de Jean-Parc Brun